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dimanche 22 juin 2008

52 artistes qui n'ont rien compris !


52 "artistes" ont signé un appel soutenant la loi HADOPI, qui devrait, si elle est votée en l'état, redéfinir ce qu'est la justice dans notre pays. Cet appel, publié par le JDD, est une ode à la culture que l'on doit préserver en lui garantissant des revenus.

Que cet appel soit signé par des multi-millionnaires (dont certains, comme Johnny Halliday ou Charles Aznavour, vivent en Suisse pour échapper à un juste impôt) est déjà insultant en soi ; mais que, pour justifier cette loi, on ne parle que de la survie d'une industrie qui à fait son temps, c'est doublement insultant. La mort de l'industrie du disque supprimerait-elle automatiquement toute volonté de création musicale ? Laissez moi rire...
L'industrie du disque et la consommation de masse n'existaient pas quand Lully ou Mozart composaient, et leurs œuvres ont tout même traversée les siècles. La corrélation entre création et l'industrie "culturelle" actuelle est stupide et fausse.

Je passe rapidement sur les dangers d'une loi qui prévoit que la justice serait rendue par des sociétés privées et une autorité administrative, contrairement à ce que prévoit l'article 6 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme, c'est à dire la présomption d'innocence et le droit à un procès équitable pour les titulaires d'un accès à Internet utilisée pour un téléchargement "illégal".

Mais la question de la survie de l'industrie du disque ne me bouleverse pas du tout. De toute façon, cette industrie n'a rien compris et veut, comme toutes les entreprises, gagner un maximum de pognon en faisant le minimum d'efforts.
Prenons un exemple : parmi les 52 signataires de cet appel, on trouve La Grande Sophie. Son dernier album "La Suite" vient d'être réédité, sous la forme d'un double CD pour 19 chansons (AZ -Universal).
Ce CD est vendu 14€ sur FNAC.com (livré chez vous sous 2 à 4 jours). On retrouve exactement le même album sur Fnacmusic.com (donc en téléchargement "légal", sans support), à 14,99€.
Cherchez l'erreur !

Alors que le téléchargement vous économise 2 supports CD, le boitier, la pochette, les couts liés aux nombreuses manipulations de ces supports par les éditeurs, transporteurs et distributeurs, les frais de stockage des dits supports et les marges bénéficiaires liés au support physique, l'album virtuel est au même prix que son équivalent physique.
Mais vos frais ne s'arrêtent pas là : si vous voulez pouvoir écouter cette musique ailleurs que sur votre ordinateur, il vous faudra acheter 2 CD vierges et les graver ou disposer d'un lecteur MP3. Or, sur chaque CD, sur chaque graveur ou lecteur MP3, une taxe spéciale s'applique pour que vous puissiez utiliser votre droit à la copie privée, que vous avez déjà payé en achetant les titres... C'est ce qu'on appelle une double imposition, a part que ce n'est pas un impôt ; c'est juste un truc qui engraisse des personnes déjà grasses.

Les 52 "artistes", loin de vouloir défendre la culture, sont venus pour défendre leur porte-monnaie. Il n'y a rien de honteux à vouloir gagner de l'argent, ni à en gagner, mais il ne faut pas pousser mémé dans les orties. Il n'y a rien d'étonnant à voir le téléchargement continuer de plus belle lorsque des produits que l'on dit "culturels" sont vendus à un tel prix que la culture va finir par devenir un produit de luxe. A quand des CDs désignés par LVMH et vendus chez Fauchon ?

Loin de moi, très loin, l'idée de cautionner les téléchargements sans contrepartie pour les auteurs/créateurs. (Et j'insiste sur les auteurs, pas sur les maisons de disque qui ne font aucun travail de création). Mais pourquoi chercher à se débarrasser d'un moustique avec un char Leclerc quand on n'a rien fait pour se débarrasser de l'eau stagnante ou se reproduisent les moustiques ?

Quand je lis que ces pauvres artistes ne gagnent pas assez d'argent, je ne peux que rigoler. Plutôt que de vouloir continuer à nous tondre la laine sur le dos et approuver une loi potentiellement liberticide, qu'ils se posent ces questions simples : Est ce que les téléchargements illégaux baisseraient si les produits "culturels" étaient moins chers ? Est ce que le principe d'une licence globale optionnelle ne serait pas plus efficace pour leurs revenus ?

Les 52 signataires qui n'ont rien compris :
Etienne Daho, Christophe Maé, Kery James, Sinik, Francis Cabrel, Patrick Bruel, Jean-Jacques Goldman, Jenifer, Stanislas, Raphaël, M Pokora, Keren Ann, Thomas Dutronc, Eddy Mitchell, Isabelle Boulay, Maxime Le Forestier, Martin Solveig, Marc Lavoine, Calogero, Gérard Darmon, Pascal Obispo, Jacob Devarrieux, Elie Seimoun, Alain Bashung, Bernard Lavilliers, Rachid Taha, Bob Sinclar, Psy4delarime, Abd Al Malik, Anis, André Manoukian, Charles Aznavour, Alain Souchon, Mademoiselle K, Soprano, Arthur H, BB Brunes, Liane Foly, Emmanuelle Seigner, Ridan, Renan Luce, Zita Swoon, Johnny Hallyday, Empyr, Kenza Farah, Shine, Camaro, Diam's, Renaud, Romane Cerda, Cali et la Grande Sophie.

Photo: Wikipédia Commons

2 commentaires:

Rébus a dit…

ça me chiffone de voir des Bashung ou d'autres associés à certains marchands de soupe.
Surtout qu'à l'occasion, c'est totalement incohérent avec certaines prises de positions

Anonyme a dit…

Je ne sais pas si c'est depuis que vous avez publié votre article mais sur fnacmusic.com, cet album ("La suite") de La grande Sophie est vendu à 9,99 € et non 14,99 €...

En tous cas un grand bravo pour votre article que je trouve clair, percutant et efficace ! Merci aussi d'avoir dirigé le projecteur vers les maisons de disques qui, comme les maisons d'édition pour les écrivain, veulent empocher 90 % du pognon alors que ce ne sont pas eux les auteurs des oeuvres, qu'elles sont totalement incapables de créativité et que les démarches artistiques leur sont singulièrement étrangères. Elles participent à une forme d'exploitation outrancières, ce sont elles qui dépouillent les artistes ! Ce sont elles que la justice devrait inquiéter ! Un écrivain touche 10 % sur la vente de son livre et les éditions 90 % (c'est dans tous les contrats d'édition). Et si des livres sont invendus, ils sont envoyé au pilon (sorte de décharge où ils sont balancés avec d'autres livres comme de vulgaires ordures, déchictés, puis détruits et recyclés sous diverses formes (papier toilettes, etc...). Les maisons d'édition et les maisons de disques sont complètement étranger à la culture et à l'art et en sont même clairement hostiles étant donné leurs comportements ! Ce sont des industriels. Et en tant que tel, ils ne font aucune différence entre un chef d'oeuvre de créativité ou une soupe commerciale. Ils ne voient que l'argent que ça pourra leur rapporter.